Chers lecteurs ou plutôt chers Amis,
Ça y est, le rideau est sur le point de tomber.
J’ai fait le tour du monde, non pas en 80 jours mais avec autant d’ardeur et de frénésie que Sir Phileas Fogg. Seul (la majorité du temps), un sac au dos, un ukulélé et un chapeau chinois.
Ce n’est pas la fin, je refuse d’employer ce terrible mot. C’est plutôt le début d’autre chose, bref le premier jour du reste de ma vie pour reprendre le titre d’un film.
Le train roule… encore et toujours …
Le balancement du wagon est régulier. Il m’apaise. J’aime ce moyen de transport, il m’a toujours fasciné. Une gare est une usine à rêves. Une activité, un fourmillement, une odeur n’ayant nulle part son pareil et pourtant, une seule et unique pensée anime tous les voyageurs : monter dans le train, partir, prendre la route.
Le paysage défile devant mes yeux. Je suis là mais mon esprit est ailleurs, loin, tellement loin … au-delà des frontières de la réalité.
Je revois devant moi tous ces visages devenus si familiers, tous ces gens croisés sur ma route. A chacun correspond une histoire, une poignée de main, une bise, une accolade, un rire, des larmes.
Ça y est, j’aperçois les faubourgs de Paris, un gris que je n’avais pas vu depuis tellement longtemps et qui ne m’a pas manqué.
De tous les français rencontrés sur mon chemin et qui sont rentrés au pays avant moi, une seule conclusion : le bourdon, le cafard, une incompréhension, un hiatus entre eux et le reste de la société. Fatal !
Non, je refuse d’être triste. Je suis parti heureux, je rentre heureux. J’ai vécu, comme l’a dit Sylvain Tesson. « J’ai transformé mon rêve en souvenir » … car à quoi bon vivre si l’on ne réalise pas ses rêves les plus enfouis ?
Les passagers se lèvent et commencent à préparer leurs affaires tels des automates.
Je suis heureux car ma vision du monde est désormais différente. J’ai rencontré des gens « bons » sur ma route, animés par l’hospitalité, le partage, l’écoute et dénués de tout sentiment pécuniaire. J’en doutais, je suis rassuré. La race humaine n’est pas complétement perdue, il y aura des résistants.
Je ne pense pas avoir fondamentalement changé. J’étais un petit cheval fougueux, j’appréhende dorénavant les choses sous un autre angle. Je ne sais pas où je vais mais j’y vais ! Je sais juste ce que je veux faire de ma vie et à quoi elle ressemblera, je souhaite qu’elle soit le reflet de ce voyage …
Un voyage de 8 mois et demi, autant dire une gestation. Je remercie le ciel de m’avoir donné la force et la volonté de renaître.
Le train s’arrête. La porte va s’ouvrir dans quelques instants. Les premiers passagers se pressent contre la porte. Il est effectivement très important de descendre le premier … pfff !
Je reste assis, je prends mon temps. Je n’ai plus de montre car je l’ai donné à un enfant pauvre dans les faubourgs de Delhi. J’observe tous ces gens. Ils sont fiers d’avoir l’heure, je suis content d’avoir le temps. Je vois tous ces visages de parisiens tristes. Ils ne se rendent peut-être même pas compte qu’ils ne prennent plus le temps de vivre, la tête dans le guidon encore et toujours … Nous sommes passés d’une société de contemplation à une société de consommation où le maitre mot est la vitesse. C’est dommage. Irréversible ? Je l’ignore.
La porte s’ouvre. Le déferlement humain va avoir lieu. C’est certain.
Je reste assis. J’observe tous ces gens.
J’appréhende ce retour au monde réel. Il va être dur, brutal.
Merde, je pleure. Réaction inattendue. Je crois que c’est de la joie. Pleurer de joie, n’est-ce pas la plus belle des tristesses ?
Les derniers passagers descendent.
Ça y est, je suis seul dans le wagon. J’ai toujours aimé la solitude, elle permet, selon moi, de se recentrer sur l’essentiel et de se questionner sur soi-même.
Je prends mes affaires. Mes 39 kg de bagages m’ont énervé plus d’une fois dernièrement … mais cette fois-ci, c’est différent. Je ne sens plus rien. Je suis même content de tout porter dans cette ultime ligne droite. J’ai dit que j’irai jusqu’au bout, j’ai tenu promesse.
Sur le strapontin, je respire un grand coup cet air que j’ai laissé il y a plusieurs mois de cela. Rien ne semble avoir changé.
Je pose les pieds sur l’asphalte. J’ai peur. Je regarde autour de moi pour trouver quelque chose de rassurant. Elle est là, je la vois. Je vois mon ombre, elle, qui m’a suivi pendant tout ce périple. Elle me rassure. Elle est ma meilleure alliée, elle, à qui j’ai parlé tant de fois …
Allez mon pote, faut y aller ! Tu as la vie devant toi !
Le premier pas, je titube, mes pensées s’accélèrent, mon cœur s’emballe, j’avance. Le sol ne se dérobe pas sous mes pieds.
Je revois Tannia au Brésil, Leonid sur la place rouge, Tom à Buenos Aires, Ange à Byron Bay, Ben au Machu Picchu … Ils sont tous là, en moi. Ils vivent au travers de moi désormais. Je suis plus fort. Je le sens, je le sais.
Cette société de dingue ne me fait plus peur. Je vais l’affronter le cœur léger. C’est une évidence. La vie n’est qu’un jeu d’esprit. L’essentiel réside dans la volonté.
J’ai donné un rendez-vous au Café de Flore, boulevard Saint Germain.
Ça y est, j’aperçois au loin, dans la foule, trois têtes familières. Ma mère, ma grand-mère et mon grand-père. Ils sont là. Ils pleurent en me voyant. Elles étaient là au départ, elles sont là à l’arrivée. Elles sont toujours là. Que c’est bon de se sentir aimé. Mon père est absent. Rassurez-vous, le complexe d’Œdipe est loin derrière moi ! Je préfère lui faire la surprise de mon retour dans quelques jours. Des retrouvailles paternelles sont toujours moins émotives que celles maternelles … La famille, il n’y a décidément que ça de vrai ! Je dois TOUT à la mienne …
La boucle est bouclée.
Le philosophe Leo Tseu a dit un jour : « Le vrai voyageur n’a pas de plan bien définit et, surtout, n’a pas de désir d’arriver ni de rentrer chez soi … ».
A cet instant précis, je me plais à penser que, moi aussi, je suis un baladin des temps modernes.
Que dire … Comment raconter cette aventure humaine en quelques mots ? Impossible.
Un dernier mot ? La vie est courte chers amis, la vie est tellement courte … Alors profitez de chaque instant car « dans 20 ans, vous vous souviendrez plus de ce que vous n’avez pas fait que de ce que vous avez fait … ! » (Mark Twain).
Mes idéaux vous feront peut-être doucement sourire mais moi j’y crois dur comme fer ! Alors peu m’importe.
Le blog ne s’arrêtera pas là, pas aujourd’hui, pas comme ça. Nous avons décidé avec Jeff de le maintenir, de le faire vivre au travers d’articles et de photographies, notamment avec notre prochain congrès à Grenade (Espagne) et tant d’autres aventures auxquelles je travaille déjà … Espérons que Justin Conseil ne m’en tiendra pas rigueur.
Si d’autres aventuriers se sentent l’envie et surtout le besoin de partir sur les routes comme nous, n’hésitez pas à nous contacter via le blog. C’est un honneur et même un devoir d’aider nos confrères backpackers !
Chers amis,
Je ne sais pas quoi dire … Merci. Merci infiniment !
Mille baisers !
A très vite !













































































































